MESSAGE DE VOEUX AUX NON MUSULMANS A L'OCCASION DES FETES
Question : le musulman peut-il adresser des messages de vœux aux non musulmans à l'occasion de leurs fêtes religieuses ?
Traduit de l’arabe par Azzedine GACI
Cette question mérite d’être posée pour nombre de musulmans vivants parmi des non musulmans en Europe ou en Amérique, et qui nouent et entretiennent avec eux des relations normales et quotidiennes telles que celles liées au voisinage, au travail ou aux études.
Souvent, d’ailleurs, le musulman peut ressentir à juste titre, les bienfaits (ou la bonté) de nombreux non musulmans, comme par exemple cet étudiant encadré par un professeur compétent, honnête et dévoué, ou bien, ce médecin qui le soigne, sans aucun préjugé...
Comme le dit le proverbe :
« L’homme est prisonnier de la bonté ou de l'excellence (al ihsan). »
Le poète dit aussi :
« Soit bon envers les gens et tu asserviras leur cœurs
L'homme est esclave de la bonté ».
Alors comment doit se comporter le musulman envers des non musulmans qui n'éprouvent aucune haine à son égard ?
"Ils ne le combattent pas pour la religion, ne le pourchassent pas de sa demeure et n'aident pas à son expulsion"...
Le Coran a établi une constitution sur les relations des musulmans avec les non musulmans. Deux versets coraniques révélés au sujet des associateurs polythéistes traitent de ce sujet. Dieu dit :
« Dieu ne vous défend pas d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Dieu aime les équitables. Dieu vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. »
Coran 60/8-9
Ces deux versets font clairement la distinction entre ceux qui sont pacifiques et ceux qui veulent la guerre.
Pour la première catégorie des non musulmans (les pacifiques), le verset a recommandé la bienséance et l'équité. L'équité (al qist), qui signifie la justice et la bienséance (al bir), regroupe tous les sens du bien comme l'excellence et les bienfaits, ce qui est une notion qui va au delà de la justice. En effet si la justice consiste à acquérir ses droits, la bienséance consiste elle à en laisser passer certains dans un souci de bonté.
Pour être juste envers une personne, il faut lui donner ses droits, tous ses droits sans rien en diminuer. La bienséance consiste à lui donner plus que ses droits, même au dépens de soi : c’est l’excellence.
En ce qui concerne la seconde catégorie de non musulmans que le deuxième verset interdit de prendre pour alliés, il s'agit de ceux qui éprouvent de la haine envers les musulmans, les combattent et les expulsent de leurs pays en raison de la croyance du Musulman en un seul Dieu, unique.
C'est exactement ce qu'ont fait les qorayshites et les polythéistes de la Mecque envers le Prophète (PSL) et ses compagnons...
Le Coran choisit le mot « al bir » (bienséance) pour parler des relations avec les non musulmans pacifiques quand Il dit : « Dieu ne vous défend pas d'être bienfaisants. » Notons que ce mot est utilisé pour qualifier le plus grand des droits après celui de Dieu : la bienséance envers les parents.
Les deux shaykh (Bukhari et Muslim) ont rapporté selon Asma, la fille de Abou Bakr qu'elle vint vers le Prophète (PSL) et lui dit : « O envoyé de Dieu, ma mère associatrice est venue me voir et elle entend garder ses liens de famille avec moi. Est-ce que je peux la revoir ? » Et le Prophète lui dit : soit bonne envers ta mère. » (1)
Il lui dit ceci alors que la mère d’Asma était polythéiste, alors qu’on sait que la position, vis à vis des "gens du Livre" (rappel : les juifs et les chrétiens) est beaucoup plus souple qu’avec les polythéistes et les impies…
Le Coran autorise même le musulman à manger de la nourriture des gens du Livre et d’avoir des alliances avec eux. Ainsi, il peut manger de leur viande à condition que celle ci soit égorgée, et il peut se marier avec une des leurs comme le précise le verset :
« Toute nourriture bonne et pure vous est désormais permise. La nourriture de ceux qui ont reçu les Écritures est aussi licite pour vous, de même que la vôtre l’est pour eux. Pour ce qui est du mariage, il vous est permis de vous marier aussi bien avec d’honnêtes musulmanes qu’avec d’honnêtes femmes appartenant à ceux qui ont reçu les Écritures avant vous. »
Coran 5/5
La condition et les effets bénéfiques de ce mariage doivent être l'affection et la tendresse entre les deux époux.
Dieu dit dans le Coran:
« Et c’en est un autre que d’avoir créé de vous et pour vous des épouses afin que vous trouviez auprès d’elles votre quiétude, et d’avoir suscité entre vous et elles affection et tendresse. »
Comment en serait-il autrement envers la femme de sa vie et la mère de ses enfants? Dieu dit :
« Il vous est permis, la nuit qui suit une journée de jeûne, d’avoir des rapports avec vos épouses qui sont un vêtement pour vous autant que vous l’êtes pour elles. » Coran 2/187
Parmi les conditions et les effets bénéfiques de ce mariage, on trouve l’alliance entre les deux familles. C’est l’un des deux liens naturel et fondamental auquel le Coran fait référence dans le verset:
« C’est Lui qui, de l’eau, a créé les êtres humains qu’Il a unis par la parenté et l’alliance. Ton Seigneur est Omnipotent. » Coran 25/54
Et parmi les conditions à ce mariage, on trouve également celles liées à la maternité, la présence de cette mère et les droits indiscutables que l’islam lui a accordé envers son enfant.
Est-il convenable et équitable de ne pas féliciter sa propre mère en ces grandes occasions de fête ? Qu’en est il de sa position envers ses proches du côté de sa mère comme le grand père, la grand mère, la tante, l’oncle ou les cousins maternels?
L’islam accorde des droits qui découlent de ces liens de parenté. Dieu dit :
« Cependant, ceux que des liens du sang unissent sont encore plus proches les uns des autres, comme Dieu l’a prescrit. »
Coran 8/76
« En vérité, Dieu ordonne l’équité, la charité et la libéralité envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie. Dieu vous exhorte ainsi pour vous amener à réfléchir. »
Coran 16/90
Si les droits de la mère et ceux des proches obligent le musulman ou la musulmane à prendre soin d’eux, en témoignage de sa bonne moralité, de son grand cœur et de son dévouement pour sa famille, alors ses autres devoirs l’obligent à se comporter envers les autres, de façon convenable. Le Prophète (PSL) a fait cette recommandation à Abû Dhar : " Crains Dieu ou que tu soit, fait suivre la mauvaise action par une bonne action, tu l’effaceras et soit bon envers les gens.» (2). Il dit clairement « soit bon envers les gens » et non « soit bon envers les musulmans ».
Le Prophète (PSL) a également recommandé la tendresse et la douceur dans les rapports avec les non musulmans comme il nous mis en garde contre la violence et la rudesse.
Quand un groupe de juifs sont venus voir le Prophète (PSL), ils tournèrent leur langue et dirent : « ‘as-sâmu ‘alayka » ce qui signifie : « que la mort vous atteigne » Les ayant entendu, ‘Aïsha (l’épouse du Prophète) dit : « Que la mort et la malédiction de Dieu vous atteigne vous-même, ennemis de Dieu. » Et quand le Prophète (PSL) l’a blâmée pour son geste, elle lui dit : « Tu n’as pas entendu ce qu’ils ont dit, O envoyé de Dieu ? » Il dit : « j’ai entendu et j’ai répondu : et sur vous » (ce qui signifie : la mort vous atteindra comme elle peut m’atteindre). Ensuite Il lui dit : « Ô ‘Aïsha, Dieu aime la tendresse et la douceur dans toute chose. » (3)
La permission de féliciter les non musulmans durant leurs fêtes est d’autant plus confirmée que – comme le précise la question : le musulman peut-il adresser des messages de vœux aux non musulmans à l'occasion de leurs fêtes religieuses ?– ils le font avec les musulmans à l’occasion des fêtes musulmanes. Et comme il nous a été demandé de récompenser une bonne action par une bonne action, de rendre le salut d’une façon plus courtoise ou, au minimum, rendre le salut…
Dieu dit :
« Lorsqu’on vous adresse un salut, rendez-le de façon plus courtoise ou tout au moins rendez-le ! Dieu vous demandera compte de tout. »
Coran 4/86
Le musulman ne peut pas être moins généreux que les autres. Sa moralité ou son éthique ne doit pas être moindre. Au contraire, elle doit être meilleures que les autres comme le souligne le hadith :
« Le croyant qui a parachevé sa foi est celui qui a un noble caractère » (4).
Le Prophète (PSL) a dit également : « J’ai été envoyé pour parachever les nobles caractères » (5)
Ceci est nécessaire si on veut interpeller les non musulmans, les rapprocher de l’islam, et faire en sorte qu’ils nous aiment.
C’est pourquoi, puisque tout ceci fait partie des obligations du musulman, on ne peut pas le faire en s’isolant mais en établissant avec les non musulmans de bons rapports.
Le Prophète (PSL) avait un noble caractère. Il était facile, bon et serviable avec les qorayshites durant la période Mecquoise alors qu’ils l’agressaient et s’acharnaient à lui faire du mal ainsi qu’à ses compagnons. Ils lui faisaient tellement confiance qu’ils déposaient chez lui les biens et les richesses dont ils craignaient la perte. Et quand le Prophète décida de quitter la Mecque pour aller à Médine, il chargea Ali (son cousin et son gendre) de rendre ces dépôts à leurs propriétaires non musulman.
Il n y a donc aucun problème à ce que le musulman ou le centre islamique adresse des félicitations aux non musulmans à l’occasion de leurs fêtes. Cependant, ces félicitations qu’elles soient verbales ou écrites ne doivent pas comporter d’emblèmes ou d’expressions qui s’opposent aux préceptes de l’islam comme « la croix » par exemple car l’islam nient totalement l’idée de la crucifixion comme le précise le Coran :
« Ils dirent : "Nous avons tué Jésus Christ, le Fils de Marie, le Messager de Dieu." Mais, ils ne l'ont point Tué ni crucifié. »
Coran 3/156
De plus, les paroles et les expressions habituelles utilisées pour adresser des félicitations à des non musulmans à l’occasion de ces évènements ne peuvent pas constituer pour le Musulman une forme de soutien à leur religion, ni même une satisfaction ou un consentement à leurs convictions. Elles doivent être simplement l‘expression de paroles de courtoisie auxquelles nous sommes coutumiers.
Il n'y a également aucun interdit à accepter les cadeaux des non musulmans et de les récompenser pour ces gestes. En effet, le Prophète (PSL) a accepté les cadeaux que lui avait offerts des non musulmans, comme al Muqawqs, le chef des coptes d‘Égypte (6) et d’autres, à conditions toutefois que ces cadeaux ne font pas partis des interdits en islam comme les boissons alcoolisées ou la viande de porc.
Enfin, il ne faut pas oublier de rappeler que certains jurisconsultes musulmans comme ibn Taymiyya ou son élève ibn al Qayyim ont des avis très durs concernant la célébration et la participation aux fêtes religieuses des polythéistes et des gens du Livre.
Nous ne voyons aucun inconvénient à ce que le musulman puisse adresser des félicitations à des non musulmans qui sont des proches, des voisins, des amis ou toute personne avec laquelle il entretient une relation sociale basée sur la bonne entente et la courtoisie.
Et, en ce qui concerne les fêtes nationales et sociales comme la fête de l’indépendance, de l’union, de l’enfance, la fête des mères… Il n y a aucune gêne à ce que le musulman adresse des félicitations et participe à la célébration de ces fêtes en sa qualité de citoyen ou de résident dans ces pays à condition qu’il évite les interdits qui peuvent être d’usage dans ces fêtes (7).
Références :
(1) rapporté par Bukhârî (n°2477, 3012, 5633, 5634) et Muslim (n°1003)
(2) rapporté par Ahmad (5/153, 177), Tirmidhî (1987), Dârimî (n°2688) et Al-Hâkam (n°178) d’après les propos de Abu Dhar. Il a été authentifié par Al-Hâkam et Tirmidhî le considère bon – authentique.
(3) (1) rapporté par Bukhâri (n°2777 et dans d’autres endroits) et Muslim (n°2165) d’après les propos de’Aicha.
(4) Hadith authentique rapporté par Ahmad (n° 7402, 10106, 10817), Abu Dâwud (n° 4682), Tirmidhî (n° 1162) et Dârimî (n°2689) d’après les propos de Abu Hurayra. Tirmidhî considère ce hadith « bon – authentique ».
(5) Hadith authentique rapporté par Ahmad (n° 8952), Bukhârï (n°273) et Al-Barâz (n°2470) avec une bonne chaine de transmission. Ibn ‘Abd Al Bar (24/333) a authentifié ce hadith dans « At-Tamhid ».
(6) Ces récits sont nombreux et authentiques. Rapporté par Tahawi (6/399, 11/128) dans « charh muchkil al âthar »