« Un remède plus fort que le mal! »
Nicolas Ballet le 26 01 2010
Dans son quartier de la Duchère à Lyon, Hafid Sekhri compte les femmes qui portent le niqab sur les doigts d'une main. « Elles doivent être entre cinq et dix, sur un total de dix mille habitants », relativise ce militant associatif, qui est aussi l'un des principaux artisans du dialogue interreligieux au sein du conseil régional du culte musulman (CRCM) en Rhône-Alpes.
« C'est un épiphénomène, mais cette question ne peut bien sûr pas laisser indifférent le citoyen et le musulman que je suis : je suis contre le port de ce vêtement, et contre le fait que la loi puisse l'interdire ». Selon lui, cette dernière éventualité serait « une fausse bonne solution, un remède plus fort que le mal ». Pourquoi ?
« On va avoir trois fois plus de femmes qui vont le porter : des musulmanes vont intégrer le stigmate. Et si les policiers leur mettent des amendes et qu'elles sont insolvables, que va-t-il se passer ? Les mettra-t-on en prison ? Tout cela est ridicule! » La loi n'est pas davantage nécessaire à ses yeux pour les interdictions ciblées qui se justifient (administrations, services publics...).
« Des décrets ou des règlements intérieurs peuvent suffire » estime Hafid Sekhri. Sa réponse face au port du niqab tient en un seul mot : « pédagogie ». Elle suppose d'abord, dit-il, que les politiques cessent d'instrumentaliser la religion musulmane « pour masquer la question sociale ». Et qu'ils soutiennent un « Islam institutionnel clair » dans ses efforts pour porter « les valeurs de la République », à l'image des CRCM « déjà investis au quotidien dans la discussion avec les fidèles ».
Recueilli par Nicolas Ballet
voir aussi l'intervention du président du CRCM Rhône Alpes sur France 3 :
http://jt.france3.fr/regions/popup.php?id=b69a_1214part1&video_number=0