«Aujourd'hui les musulmans ont peur»
20minutes.fr - Propos recueillis par Elisa Frisullo le 8 2 10
La future mosquée de Saint-Etienne a été profanée dans la nuit de dimanche à lundi. Une plainte a-t-elle été déposée?Le recteur de la mosquée de Saint-Etienne doit déposer plainte aujourd’hui contre X après cet acte ignoble. En un mois et demi, c’est la quatrième fois qu’un lieu de culte est profané en France. À chaque fois, ce genre de faits suscite de l’émotion mais les actes racistes se multiplient et rien n’est fait. Aujourd’hui, il y a un véritable climat d’islamophobie en France.
Qu’attendez-vous des pouvoirs publics?Nous avons demandé l’installation de caméras sur les grandes mosquées mais on ne nous a jamais répondu. À Saint-Etienne, s’il y avait eu des caméras, on n’en serait sans doute pas arrivé là. Et puis, plutôt que des débats sur la burqa -qui ne concerne que 500 femmes sur 600 000- ou sur l’identité nationale, nous réclamons la mise en place d’une mission parlementaire sur la montée en puissance de l’islamophobie. Et d’en tirer les conséquences.
Ces récents débats ont-il pesé selon vous sur le climat actuel? Ces derniers temps, on a eu l’affaire des minarets, le débat sur la burka, l’identité nationale. Pour trouver des solutions à la crise et répondre aux préoccupations des français, les responsables politiques ressortent les vieilles recettes qui marchent : l’immigration, l’insécurité, l’islam… On est toujours en train de taper sur les musulmans, de les montrer comme responsables d’une dénaturation de l’identité française. Ils se sentent montrés du doigt à chaque fois, ce qui est injuste car la majorité des musulmans sont respectueux des valeurs de la République. Les responsables politiques ne mesurent pas les répercussions graves que cela peut avoir.
C’est-à dire?Lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur, il disait cette phrase très juste : une identité humiliée, c’est une identité radicalisée. Mais les symboles ne suffisent plus. Il faut des actes forts. Aujourd’hui, les musulmans ont peur. Les femmes voilées se sentent en insécurité et jugées du regard.
La mosquée de Saint-Etienne profanée
Jean-Baptiste Labeur Metrofrance.com, à Lyon - le 8 2 2010
Des tags racistes ont été découverts lundi matin, sur les murs de la mosquée de Saint-Etienne. La condamnation est unanime.
"Les politiques ne mesurent pas les conséquences à long terme des débats qui stigmatisent les musulmans." Azzedine Gacci, président du CRCM de Rhône-Alpes.
La grande mosquée de Saint-Etienne a été victime d’une profanation dans la nuit de dimanche à lundi. En arrivant lundi matin, les fidèles ont découvert sur les murs de l’édifice des croix gammées et des tags racistes et injurieux tels que “Pas d’Arabes ici” ou “La France aux Français”.
Une plainte a été déposée hier par le recteur de la mosquée et une enquête a été ouverte. Le conseil régional du culte musulman de Rhône- Alpes a condamné hier cette profanation intervenue la veille du séminaire gouvernemental clôturant le débat sur l’identité nationale. L’instance s’inquiète d’une montée de l’islamophobie et demande la création d’une mission parlementaire pour mesurer le phénomène et l’installation de caméra de vidéosurveillance aux abords des mosquées.
“Un climat malsain s’est installé. Nous subissons depuis quelque temps une série de débats qui stigmatisent les musulmans”, souligne Azzedine Gacci, président du CRCM de Rhône-Alpes. “Je pense qu’il y a forcément des répercussions", poursuit-il. "On le voit désormais au travers de ces actes.”
Deux autres mosquées avaient été profanées en 2008 à St-Priest et à Meyzieu, dans l’agglomération lyonnaise. La mosquée de Saint- Etienne est toujours en construction et doit ouvrir en août prochain. Une structure provisoire accueille pour l’instant les fidèles. Le CRCM appelle à un rassemblement dimanche prochain devant l’édifice, en espérant la présence du ministre de l’Intérieur.