En partant du principe énoncé par leur professeur, Jean-Pierre Richaud, - "un étranger qui parle le français, c'est qu'il aime la France -, le Conseil régional du culte musulman (CRCM) et la préfecture du Rhône ont lancé cette expérience en mars 2009, à raison de trois heures de cours par semaine.
"C'est une formidable réussite, les imams, une demi-douzaine, dont la plupart sont natifs d'Algérie, ont réussi à créer des liens d'amitié et de respect avec leur professeur qui est pour beaucoup dans le succès de ces cours", estime Azzedine Gaci, le président du CRCM, qui aimerait à présent étendre l'expérience à des imams turcophones.
La demande est venue des imams eux-mêmes parce qu'ils ont du mal à communiquer avec leurs fidèles, ces derniers comprenant de moins en moins l'arabe classique : ils seraient 60% en Rhône-Alpes, surtout des jeunes, selon M. Gaci.
Ce matin-là, M. Richaud, retraité de l'Education nationale, interroge Mohamed Elhadi Litim, l'un des deux imams de la grande mosquée de Lyon. "Vous nous lisez ce petit texte d'Erik Orsenna et, après, vous isolerez les verbes".
"Quel est le deuxième verbe du texte ?", interroge M. Richaud. "Brûler", lui répond-t-on. "Il n'est pas conjugué, on dit qu'il est à...?". Silence. "L'infinitif", reprend Abderrazak Korikeb, venu de Pierre-Bénite, dans la banlieue lyonnaise.
Autre verbe : "couper". Ousmane Diaby, de la mosquée de quartier de la Guillotière, un Guinéen vêtu d'un superbe boubou doré, récite sa conjugaison comme l'y invite l'enseignant.
Arrivé au futur, ça coince un peu. "C'est normal, souligne M. Richaud. Le futur (dans le Coran) n'a pas la même valeur que pour nous. Pour les Musulmans, le futur est pris en charge par le Prophète".
Le troisième verbe du texte est "respecter". "Je respecte les personnes âgées, je respecte les règles, je respecte ma femme, je respecte l'Islam", fuse de toutes parts.
C'est là que, souvent, la conversation "dérape volontairement, selon M. Richaud, vers des considérations religieuses", en l'occurence la date de la prochaine fête musulmane, "la naissance du Prophète (le Mawlid), les 25 et 26 février".
Selon le ministère de l'Intérieur, près de 1.900 mosquées et salles de prière existent en France, accueillant environ 5 millions de musulmans.
Sachant que la formation "républicaine" des quelque 1.200 imams français constitue l'un des principaux chantiers du CFCM (Conseil français du culte musulman) depuis sa création en 2003, il est clair pour le préfet du Rhône que de tels cours soient l'occasion d'évoquer "les valeurs de la République".
M. Richaud aborde ainsi en premier lieu la question de la laïcité et espère, à travers ses "élèves", toucher l'ensemble de la communauté musulmane.
Car, pour lui, il est évident que "la burqa - actuellement au coeur du débat politique - tombera d'elle-même le jour où les femmes qui la portent parleront le français".
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